Quel âge pour Seul sur Mars ?

The Martian

Deux visions de la science-fiction spatiale en cette fin 2015 : d’un côté, le space opera fantastique avec Star Wars Episode VII. Pouvoirs magiques permettant de soulever des cailloux, sabres laser et vaisseaux se déplaçant en vitesse-lumière. De l’autre, le réaliste relevant pratiquement de l’anticipation, avec Seul sur Mars. Culture de patates dans le sol martien, vaisseaux nécessitant des calculs savants pour obtenir le bon angle et la bonne vitesse, rouleaux de scotch et bâches en plastique.

Mais le réalisme de Seul sur Mars (à deux ou trois détails près que les puristes se sont empressés de souligner ; feront-ils le même travail pour Star Wars ?) ne rend pas le film incompatible avec un visionnage par de jeunes spectateurs. J’en sors, avec E. (10 ans) et U. (5 ans bientôt 6). J’ai longuement hésité concernant U. ; les bandes-annonces et ce que je savais de l’histoire du film me donnaient très envie de l’amener le voir au cinéma, mais les avis lus sur Common Sense Media étaient pour la plupart d’accord sur le fait que le film convient à des enfants à partir de 10 ou 12 ans. Un ou deux parents s’offusquaient même qu’il ne soit pas interdit aux moins de 18 ans. Pensez donc : on voit les fesses de Matt Damon, et il jure comme un charretier de l’espace.

Je peux maintenant affirmer que c’est n’importe quoi. 18 ans pour Seul sur Mars, je crois que c’est la plus grosse idiotie que j’ai lue en matière d’âges minimums pour les films (et pourtant, je connais quelques sites dont la surestimation et la précaution à outrance est la spécialité).

Seul sur Mars, pas pour les enfants ?

Voici les seuls éléments qui peuvent rebuter un enfant ou poser un problème. A vous de voir, en fonction de ce que vous savez de votre enfant et des films qu’il a déjà vus, si ça peut passer. Je pars du principe que vous connaissez grosso modo le pitch du film, je me permets donc de ne pas dissimuler les principaux évènements du début.

  • Une seule scène un peu sanglante, à base d’auto-chirurgie. Cette scène se déroule pas très longtemps après le début du film, quand Mark Watney rentre dans l’habitat pour la première fois après son réveil. Vous la verrez venir. Il est très facile de masquer les yeux de votre enfant à ce moment précis ; s’il est équipé de paupières et est un peu sensible, il le fera d’ailleurs sans doute de lui-même – ce qu’a fait U. La scène dure à vue de nez une ou deux minutes, et je pense que c’est la plus intense du film en terme de stress et d’image peu ragoutante. Une fois cette séquence passée, il n’y a plus rien qui puisse choquer de jeunes yeux.
  • Avant cette scène, la tempête qui conduit Mark Watney à se retrouver seul sur Mars est également assez intense, mais rien de bien méchant pour des enfants qui ont déjà vu quelques films d’action. Pas de crâne transpersé à la Gravity, et un niveau de tension d’ailleurs bien moindre que dans ce film.
  • Il y a pas mal de gros mots (p*tain, fais ch*er, une ou deux c*uilles, m*rde…), mais pas autant que je craignais à la lecture des avis des utilisateurs Common Sense. On est loin, très loin, de la dose de grossièretés entendue dans Chappie, par exemple.
  • Le film est long (2h23) et il y a quelques scènes un peu contemplatives qui peuvent ennuyer de jeunes enfants.

Seul sur Mars, pour les enfants !

Seul sur Mars

Maintenant, les raisons pour lesquelles vous devriez amener vos enfants voir ce film au cinéma :

  • Pas de délire métaphysique à base de quatrième dimension et de trous de vers. Seul sur Mars n’est pas Interstellar, c’est une histoire réaliste et qu’on peut facilement expliquer. Pas besoin d’avoir fait une thèse en astrophysique pour comprendre. Il y a bien sûr des termes techniques et des retournements de situation liés à des difficultés d’ordre technologique et scientifique, mais dans l’ensemble je pense qu’on n’est pas très loin du bagage requis pour suivre Apollo 13. Seul sur Mars est même peut-être plus abordable que ce dernier, car les aventures martiennes de Mark Watney sont très concrètes : comment se fabriquer à manger, comment se déplacer d’un point A à un point B.
  • Les grands espaces martiens évitent l’ambiance un peu étouffante du vaisseau d’Apollo 13, et le malaise du vide sidéral de Gravity. Mark Watney est sur le sol, il a un toit, un véhicule pour  se déplacer, et de la musique disco. Ces paysages sont d’ailleurs magnifiques, et je doute que vos enfants puissent avoir une vision aussi claire de la tronche de Mars, sur grand écran, avant un moment.
  • Oui : du disco, c’est ce qui constitue l’essentiel de la bande originale du film. Mais rassurez vous, il y a une justification dans le scénario. Le choix de ces chansons, auquel s’ajoute le sens de l’humour que Mark Watney ne perd jamais, même dans les pires situations, permettent de grandement diminuer la tension du film.
  • La puissance de la botanique

    Vous connaissez beaucoup de films dont le héros est botaniste ?

    Gloire à la science ! Comme je l’évoquais dans cet article l’année dernière, les films rendant hommage à la science et aux scientifiques sont rares, comparativement à d’autres domaines. Seul sur Mars combine la force de la botanique, de la physique, des maths, de l’informatique, et j’en passe. Le tout pour permettre à un type de survivre, seul, à plusieurs dizaines de millions de kilomètres de la Terre.

  • Le message du film, en résumé, est le suivant : s’il y a un problème, cherche une solution en te creusant les méninges, et tu t’en sortiras. MacGyver dans l’espace. Un message positif qui encourage à la débrouillardise, à l’ingéniosité et à la persévérance.
  • Les premiers pas de l’homme sur Mars, c’est sans doute l’avancée scientifique et technologique la plus spectaculaire qui se produira dans les trois prochaines décennies. Alors autant commencer à en parler et à intéresser les enfants à cette épopée qui pour la première fois de l’histoire de l’humanité, nous amènera sur une autre planète. Même si c’est pour aller y faire pousser des patates.
  • En bonus, des références au Seigneur des Anneaux (d’autant plus géniale que Sean Bean alias Boromir est dans la scène en question) ou à Iron Man, qui feront sans doute sourir les enfants qui ont vus les films. Je pense qu’il y a aussi une possible référence à Apollo 13, via Fonzie de Happy Days (Apollo 13 ayant été réalisé par Ron Howard, alias Richie Cunningham). Mais ça, si un enfant le capte, c’est qu’il n’est pas normal.

Verdict : Seul sur Mars, go à partir de 6 ans, idéal à partir de 10 ans

En conclusion, voici ce que je conseillerais comme âge minimum pour permettre à des enfants de voir Seul sur Mars au cinéma :

  • A l’exception de la scène d’auto-chirurgie peu après le début du film, et éventuellement de la tempête du tout début, tout le film est sans réel danger pour un enfant de 6 ans. Il ne comprendra pas tout, mais il y a suffisamment de choses concrètes et suffisamment d’humour pour qu’il passe un bon moment. Et il verra Mars comme peu d’autres œuvres passées, présentes et certainement à venir (futur proche) lui permettront de la voir.
  • A partir de 8-9 ans, je pense que la plupart des enfants pourront saisir la quasi totalité de l’intrigue du film, et à cet âge il n’y aura plus grand chose de choquant pour eux. Les gros mots entendus ça et là dans les monologues de Mark Watney, vos enfants les ont déjà entendus des dizaines de fois dans la cour de récré. Quant aux fesses de Matt Damon… ben c’est des fesses quoi. Elles sont moins nombreuses que les fesses de Sprout, sur Gulli.
  • Le film est parfait à partir de 9-10 ans. Suffisamment réaliste pour être éducatif et que l’enfant en retienne des choses vraiment intéressantes, et suffisamment divertissant pour que ça reste un moment de détente, avec beaucoup de scènes et de répliques très drôles.

Pour vous aider, quelques éléments de comparaison par rapport à d’autres films sur l’exploration spatiale que vos enfants ont pu voir :

  • Seul sur Mars est moins tendu et plus drôle que Gravity, et à peu près du même niveau de complexité scientifique.
  • Seul sur Mars est à peu près aussi tendu qu’Interstellar, mais moins sombre, moins mélodramatique et surtout beaucoup moins compliqué à comprendre.
  • Seul sur Mars est légèrement plus tendu qu’Apollo 13 en raison de quelques passages un peu plus explicites, mais il n’a pas le côté claustro qu’on peut ressentir dans l’exiguité du vaisseau de Tom Hanks et son équipage.

Rappel : concernant les recommandations d’âge pour les films du Guide du Parent Galactique.

Link LoveAmi lecteur, ne pars pas tout de suite ! Si tu cliques sur « J’aime » sur la page Facebook du Guide du Parent Galactique, sachez que je m’engage à venir te chercher personnellement sur Mars – si d’aventure tu t’y retrouvais coincé, par un malheureux concours de circonstances (on ne sait jamais ce qui peut arriver). 

5 réponses

  1. laurence C dit :

    ohmyyy « …s’il est equipé de paupieres »
    j’en ai craché mon gouter de rire, je retourne voir la suite de l’article, mais dejà, fallait que j’exteriorise ce fou-rire

  2. THOMAS DEHAUDT dit :

    Dans l’espace personne ne vous entend crier, alors imaginez « Seul sur mars ». De Ridley Scott,
    Film « librement » adapté du livre « The Martian » de Andy Weir.
    Pas un film « technologique » comme « Gravity »
    Pas un film  » esoterico-technologico-quantique » comme « interstellar »
    juste un film sur la relation qu’il y a entre l’homme (surpuissant) et la nature (normalement surpuissante) face à sa plus grande peur « la mort » (la solitude ? ).

    Un Mac Gyver astronaute qui subit « la loi de murphy » (la faute à pas de chance) et devient l’homme le plus seul (sur Mars) et le plus connus (sur terre).
    Et puis c’est tellement plis simple de s’intéresser a quelqu’un d’eloigné plutôt qu’a son voisin….
    Une aventure extraordinaire qui est ici simplifié en un ordinaire completement decalé. (pour l’aventure vraiment extraordinaire lisez le livre)

    M. R Scott nous fait faire une petite balade sur Mars
    Et une petite visite des locaux de la NASA (et autre locaux associés) lieux de vie de tous les geeks et Nerds (les branchés de technologie et les intellos).
    Comment ça des clichés…

    Un film relativement lent dans son déroulement mais qui nous permet de comprendre les mecaniques et rouages du fonctionnement (en version simplifié) d’un programme spatiale mais avec des directeurs qui deviennent des gens normaux sous la caméra de M. scott.

    Finalement regardable par des plus jeunes (6-7ans) par sont déroulés non oppressant. La véritable scène qui peut heurter nos cheres têtes blondes se trouve au début du film (blesure, autosuture, donc sang).
    Mais les discussions leur paraîtront certainement ennuyantes.

    Je pense très sincèrement que c’est un bon film… auquel ils manque des scenes (bonus Blue-ray ?)
    avec un script plutôt bien pensé pour le cinéma. (impossible de rendre le film aussi technique que le livre, car trop compliqué à retranscrite).

    Une belle histoire avec juste ce qu’il faut d’action.

    La solitude martienne est de toute beauté (chapeau au directeur de la photographie pour cette lumière)

    Et, Certains plans sont vraiment superbes !!

    Avec un Matt Damon bien dans son rôle et une floppe d’autres acteur également bien « casté »
    (désolé, Sean Bean ne meurt pas, il n’y a pas combat)

    Pour les allergiques à l’espace en générale passez votre chemin.
    Pour les amateurs d’aventures sans trop d’actions allez voir Seul sur Mars.

  3. Alice G dit :

    Merci pour cet article. J’irai demain avec ma fille.

  4. stephanie dit :

    merci bcp pour cet article, mon fils voulait aller le voir et je ne savais pas si je pouvais l’amener, c’est parti pour cette semaine !

  5. Mickski dit :

    Je suis d’accord : à partir de 6/7 ans, ce film est tout à fait regardable.

    Mais effectivement, je ne le conseillerais pas pour moins de 10 ans. Tout simplement parce qu’un enfant sous cet âge s’ennuierait certainement lors de la projection. Il faut une certaine maturité – et une certaine éducation… – pour s’intéresser à un tel sujet.

    J’ai vu ce film lors de sa sortie avec mon aîné de 10 ans et il a bien apprécié.

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