Entretien avec Thibaud Villanova, geek professionnel

Thibaud Villanova est SkyCaptain (si si, c’est un vrai métier) au Dernier Bar Avant la Fin du Monde et co-auteur du livre Gastronogeek. Il a également joué dans la Dernière Série avant la Fin du Monde du côté de chez Golden Moustache.

Ce geek professionnel multifonction a accepté de répondre aux questions de Geek Dad Power, et ce sans que je n’ai à utiliser le moindre Jedi mind trick (heureusement, car je ne sais pas faire).

A quel âge considères-tu être que tu es devenu geek ?

Suggestion de présentation. L’aspect réel de Thibaud et sa famille dans les années 80 peut différer.

J’ai coutume de dire que je suis devenu geek à l’age de 6/7 ans. Bien entendu, j’étais incapable de me définir comme tel à l’époque (en 1991) mais je crois que c’est à cet âge là que le virus m’a été transmis : l’un des mes oncles avait une NES. Comme ma famille fonctionne comme un petit clan, on passait notre temps les uns et chez les autres, et j’ai pas mal eu l’occasion de jouer.

Ça, et le fait que mes parents, sans doute pour développer mon goût pour la lecture, mettaient à ma portée pleins de bouquins plus ou moins fictions/fantasy etc.

 

Qu’est-ce qui t’a conduit sur ce chemin obscur de la geekitude ? Quels jeux vidéo, quels films, quels livres, quelles séries ?

Je pourrais t’en citer des quantités assez impressionnantes ^^

Disons que petit, j’avais pas une super santé, du coup, je passais beaucoup de temps à la maison. Mes parents ont consenti à m’offrir une NES et mon oncle m’a offert mes premiers jeux : Duck Hunt & Super Mario bros sur la même cartouche, et les deux premiers Zelda. C’est en galérant sur les Zelda que j’ai accroché sur les jeux.

Ensuite, pour convaincre mes parents de m’aider à  développer “ma culture”, j’avais la chance d’être pas trop mauvais en classe et tant que je ramenais de bonnes notes et que c’était pas trop souvent, on pouvait aller au Score Games d’Antony. Du coup, j’ai acheté ma première Game Boy, mon père m’a acheté une Super NES, j’ai acheté avec l’argent des grands parents Mario Kart et A Link to the Past et ainsi de suite…

Côté livres, ma mère m’a offert super jeune l’Île au Trésor de Stevenson et Le Hobbit de Tolkien et j’ai commencé comme ça. Côté séries, bon bah Club Dorothée, donc Dragon Ball, Saint Seiya et consorts. J’avais un intérêt particulier pour Nicky Larson ^^

Côté film, très clairement, Willow de Howard, et Excalibur de Boorman, Star Wars dès mes 4 ans je crois, et avant de découvrir un tantinet plus vieux le cinéma culte d’action américain (je parle de Lethal Weapon, Die Hard, etc.), l’un de mes souvenirs les plus forts au cinéma avec mon père a été Last Action Hero.

Avec le Dernier Bar avant la Fin du Monde, ou aujourd’hui le livre Gastronogeek, tu as fait de la diffusion de la culture geek ton métier. Quand as tu fait ce choix ? Est-ce que tes parents t’ont détesté comme quand un jeune insouciant et chevelu annonce qu’il a décidé de devenir rock star ?

Non en fait, j’ai la chance d’avoir des parents super ouverts et super compréhensifs. On avait des deals, du genre “Passe ton bac et après fais ce que tu veux… mais passe ton bac !”. En parallèle, mes parents sont des machines de guerre et travaillent tous les deux énormément, chez moi on a le goût de ça, du coup, sans prétention aucune, ils ont pas engendré des feignants et ils savaient très bien que quoi qu’on choisisse comme voie on se donnerait à fond. Partant de là, ils m’ont toujours soutenu : tant que mon taff me plait et paye mon loyer, ils considèrent qu’ils ont pas à s’en mêler. J’ai toujours été soutenu en somme.

Quand ai-je fait ce choix… Disons que je bossais comme agent d’accueil à la Tour Eiffel et un jour un pote m’a appelé pour savoir si je voulais pas faire un extra, et bosser comme animateur pour Nintendo sur leurs salons et en magasins. L’idée de dire à mes parents que le jeu vidéo me payait mon loyer me séduisait assez et puis, basiquement, passer la journée à parler Nintendo et être payé pour ça, le rêve !

J’ai commencé comme ça puis j’ai fait pas mal de choses mais toujours en restant dans ce réseau là. Puis j’ai rencontré Cyril, l’associé-fondateur du Dernier Bar et, face à ce concept génial de bar-espace d’expressions des cultures de l’imaginaire, j’ai tout fait pour y travailler. C’était une bonne manière pour moi de bosser avec des porteurs de projets, avec un outil fabuleux comme l’est le Dernier Bar, pour justement partager toujours plus ma passion des cultures geek.

D’anonyme ou quasi honteuse il y a une trentaine d’années, la culture geek s’est imposée dans les années 2000, lui permettant de vivre au grand jour et d’être perçue comme cool. Selon toi, ça change quoi pour les enfants d’aujourd’hui, qui grandissent directement avec cette culture facilement accessible, alors que pour nous elle était encore émergente ?

Je suis peut être un peu vert pour répondre à cette question, mais je suis atterré de voir mes cousins, qui ont tout juste la vingtaine et qui, s’ils ont des passions, ne vont pas au fond des choses.  Tout est accessible pour eux, pourquoi creuser ? Je n’ai moi-même pas connu l’époque où lire du manga revenait à se battre pour en trouver dans Paris et souvent les avoir en VO seulement. Mais je n’ai pas été élevé par des geeks ou des fans de ces cultures, j’ai donc dû apprendre et me forger ma culture tout seul de ce côté là.

Aujourd’hui, je crois qu’il faut s’armer de patience et accorder énormément d’attention à la transmission et au partage : je convertis encore aujourd’hui des amis ou des personnes qui n’ont jamais tenté de jouer aux jeux de rôle papier. Je prête souvent mes livres et amène le plus possible avec moi mes potes ou mes cousins à tout un tas d’expos, au ciné ou à des conventions.

Je ne sais pas si le plus dur c’est pas de les voir ne pas lire ou s’intéresser au fond des choses, j’ai l’impression que les mômes d’aujourd’hui, ceux qu’on n’a pas le temps d'”accompagner”, zappent tout : les chaines télés, les pages web, etc. Je pleure quand j’entends “Le Seigneur des Anneaux, je vais pas passer des semaines à le lire, mon frère a les DVD.” Oui c’est bien les films, mais LIS BORDEL ! Apprends à développer ton imaginaire par tous les moyens.

Totalement indiscret : toi-même, as-tu des enfants ?

Non mais je prépare déjà leur venue (si tu savais comme mon appart rétrécit à mesure que ma bibliothèque se développe et que mes objets collectors ornent mes étagères…).

Peux-tu me dire quelques mots sur la genèse du livre Gastronogeek ? Comment l’idée vous est venue, à Maxime et toi ? En glissant sur la faïence de la cuvette des toilettes alors que vous étiez en train d’accrocher une horloge, le 5 novembre 1955 ?

C’est un peu arrivé comme ça oui ^^

L’idée traîne au fond de ma tête depuis plusieurs années, dans les brumes de mon esprit quoi ! Chez moi, tout le monde sait cuisiner, ma grand-mère cuisinait pour des bourgeois en Espagne, mon père est artisan boulanger et cuisine comme un vrai chef, l’un de mes cousins possède son propre restaurant etc. Du coup, à un moment de ma vie, avant de rencontrer ma femme, il y a presque 2 ans, j’ai failli tout plaquer pour me lancer à corps perdu dans la gastronomie et préparer l’Ecole Ferrandi, une grande école de gastronomie parisienne.

gastronogeeks

Maxime et Thibaud, le Chef et le Geek

Puis on m’a parlé du Dernier Bar, j’ai postulé, bossé comme serveur en attendant qu’on ait besoin de chef de projets, puis pris le poste de chef de projets event/commercial et j’ai laissé l’idée de côté. C’est au Dernier Bar que j’ai rencontré Maxime, il était chargé à l’ouverture du Bar de concevoir ses premiers plats, plats dont l’évocation me tire encore des sanglots étouffées (le manque…). Je ne sais pas si parmi tes lecteurs certains se rappellent du Kill Bill ou du Ponyo, les assiettes en mode chirashi.

Je ne pouvais pas passer une journée sans discuter cuisine avec lui et apprendre à son contact. Puis, un soir m’est apparu qu’il fallait que nous lancions un projet ensemble, pour rassembler ma passion de gastronomie et celle de la culture geek. Le lendemain, je suis allé lui en parler et de manière assez surprenante, il m’a regardé, a éclaté de rire et m’a dit qu’il était ok.

Maïté 2.0 ? (vue d'artiste)

Maïté 2.0 ? (vue d’artiste)

On a ensuite pensé à plein de choses ; faire une émission de cuisine geek à la maïté 2.0 était l’une d’elles. Puis, j’ai rencontré Nicolas Beaujouan (lisez son livre ! ) qui m’a présenté sa femme, Bénédicte, packageuse et éditrice externalisée pour certaines maisons d’éditions. A mesure que les jours passaient je bossais tel ou tel concept, puis nous sommes tombés d’accord avec Maxime pour commencer par faire un livre qui serait abouti, fidèle à nos principes, fidèle à la cuisine saine mais en même temps narratif et instructif : répondre à des questions comme “Comment fait-on tel ou tel plat ?”, “Si vous ne connaissez pas Cthulhu, approchez-vous donc !”

On voulait que ce soit pédagogique, fun, geek au possible mais aussi véritablement gastronomique !

Un dernier mot (avant la fin monde) pour les lecteurs de Geek Dad Power ?

J’espère qu’ils auront envie de partager mes passions et d’ouvrir le livre, de cuisiner ou de juste le lire, car on a essayé d’être le plus sincère possible, pour en faire un objet que nous serons fiers de mettre dans les mains de nos gosses justement.

Je pense avoir eu la chance d’avoir des parents fondamentalement fantastiques, de vrais super héros, et je sais que si j’élève mes enfants à venir au moins à moitié aussi bien qu’ils m’ont élevé moi-même, mes mômes auront rien à craindre de la vie. Après, j’espère que j’aurai le temps, et je ferai tout pour l’avoir, de les accompagner à leur vitesse mais le plus possible sur le chemin de l’imaginaire. Je sais ce que cela m’a apporté, je sais ce que cela m’apporte encore, je ne voudrais pas qu’ils passent à côté de quoique ce soit !


 

Un grand merci à Thibaud pour le temps qu’il m’a accordé pour cette interview ! Vous pouvez certainement le croiser dans les environs d’un certain bar parisien, et le bouquin Gastronogeek sort le 15 septembre.

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