Entretien avec Florence Porcel, (peut-être) future Martienne

Florence PorcelIls étaient 200000 candidats. Ils ne sont plus que 1058, dont 22 Français. Il s’agit des candidats à l’expédition Mars One, qui ambitionne d’envoyer les premiers Hommes sur Mars en 2023 ou 2024, pour un voyage à sens unique.

Parmi ces 22 Français qui vont désormais passer une série de tests avec les 1036 candidats de 106 autres nationalités, Florence Porcel, 30 ans, chroniqueuse scientifique, blogueuse (voir notamment un très intéressant article sur les personnages féminins dans les films de science-fiction) et passionnée d’exploration spatiale depuis qu’elle est toute petite, a accepté de répondre à quelques questions pour Geek Dad Power.

Elle nous parle de son enfance, de ses films et livres de science-fiction préférés, de télé (dont elle fut longtemps privée), de science et de générations.

Peux-tu nous indiquer en quelques mots comment tu en es venue à présenter ta candidature pour Mars One ?

J’ai toujours rêvé d’aller visiter d’autres mondes, Mars me fascine, je ne peux pas devenir astronaute par la voie classique… et Mars One donne sa chance à des personnes de tous horizons. C’était la chance de ma vie, il fallait que je tente 🙂

J’ai lu que tu étais passionnée par l’espace depuis ton enfance. D’où te vient cette passion ? L’école ? Tes parents ? Des films ou des livres que tu as vus/lus ? Une force cosmique inexpliquée ?

Une force cosmique inexpliquée – je crois que c’est vraiment la seule explication ! Je suis née avec, comme parfois les enfants naissent en ayant des prédispositions pour une chose ou une autre. Quand j’étais toute petite, j’étais fascinée par la Lune, je rêvais d’y aller. “Moon” est également le tout premier mot que j’ai su dire en anglais…

Je voulais comprendre comment le monde (et l’univers) fonctionnait. Dès que je voyais des images de planètes, de système solaire ou d’objets spatiaux, j’étais attirée comme un aimant.

Oui, “force cosmique inexpliquée”, je crois que c’est pas mal juste, au-delà de l’ironie. Une force qui attire irrémédiablement. Sans qu’elle puisse être expliquée rationnellement…

Tu étais privée de télé quand tu étais petite. Pas trop dur à vivre, alors que le Club Dorothée était le trending topic à chaque récré ?

Quand elle était petite, Florence s'amusait à dessiner sur son ventre, au lieu de regarder la télé. Mais ça, c'était avant.

Quand elle était petite, Florence s’amusait à dessiner sur son ventre, au lieu de regarder la télé. Mais ça, c’était avant.

AH AH AH 😀 J’en ris aujourd’hui mais effectivement, je l’ai très mal vécu. Les cours de récréation, après les guerres et assimilés, sont les endroits les plus violents du monde – d’autant plus que ce qu’on y vit nous marque à vie. Les enfants sont cruels les uns avec les autres. Cependant, ce sont rarement les caïds et les bourreaux qui réussissent dans la vie ! Comme quoi, y a une justice :p

La télé était et reste très importante dans la vie sociale – ne pas y avoir accès, c’était comme me couper toute chance de pouvoir m’intégrer au minimum (déjà que j’étais bonne élève, trop sage et effacée, et donc la tête de turc…).

C’était tellement important qu’une année, la seule chose que j’ai écrite sur ma liste au Père Noël, c’était la permission de regarder “Hélène et les garçons”. Je ne l’ai pas eue…

Aujourd’hui encore, dans les soirées (heureusement, c’est pas mon truc), je suis totalement mise à l’écart quand ça part sur les dessins animés de notre enfance, sur leurs génériques, etc.

Il y a des choses que j’ai rattrapées plus tard, comme Les Inconnus que j’ai découverts en arrivant à Paris il y a 10 ans grâce à des DVD. Mais je serai toujours larguée sur tout le reste.

Cela dit, j’allais plusieurs fois par semaine au cinéma, du coup. Mon argent de poche y passait. Et j’ai lu. Enormément lu.
Il aurait peut-être fallu trouver un juste milieu, je ne sais pas…

Quels sont tes films/livres de science-fiction préférés, parmi ceux que tu as vus/lus dans ton enfance, et parmi les productions plus récentes ?

On n’avait pas le droit à la télé sauf le samedi soir où nous regardions un film : soit enregistré pendant la semaine, soit loué. Notre père nous a fait visionner très tôt les trilogies “Retour vers le futur” (tout premier DVD que je me suis offert !!) et “Star Wars”. Je fais partie de cette génération qui l’ont ensuite revue au cinéma quand on était ado. J’en étais folle. J’avais des posters, des t-shirts. Je me prenais pour la princesse Leia, et mon rêve était de l’incarner à nouveau au cinéma. J’ai récemment fait un tweet à Disney dans ce sens mais je n’ai jamais eu de rendez-vous pour une audition… 🙂

Il nous a aussi montré Terminator, La planète des singes (que je n’aimais pas trop, d’ailleurs)… Un peu plus tard, à l’adolescence, on regardait tous les deux la fabuleuse série “Au-delà du réel” (à ne pas confondre avec X-files que j’ai découvert après les Inconnus…). Voilà un générique que je connais par coeur !!

Et puis les films que je préférais tournaient souvent autour de personnages de savants fous : “Chérie j’ai rétréci les gosses”, “L’aventure intérieure”…

J’avais pile poil l’âge autorisé quand “Jurassic Park” est sorti, c’est mon père aussi qui m’a accompagnée. Un de mes plus beaux souvenirs de cinéma. Avec lui, j’ai vu également les derniers Alien, les films catastrophes…

Je me souviens d’un roman de SF pour enfants que j’avais adoré et que j’ai d’ailleurs relu y a pas longtemps : “Meurtres à 30 000 km/s” de Christophe Lambert (non, pas lui, un autre). Mais comme j’étais une bonne lectrice, mes parents m’ont initié très tôt à la SF “adulte” : j’ai lu 12 000 fois les nouvelles de Fredric Brown et Asimov avant de me plonger dans leurs romans respectifs… Les “Chroniques Martiennes” de Bradbury, aussi. Et d’autres que je dois oublier.

Aujourd’hui, Stephen Baxter est mon auteur favori. Il est fabuleux. Il y a également Robert Charles Wilson, Gregory Benford, Robert Heinlein… Et je vois toujours autant de SF au cinéma.

Que penses-tu de la dimension médiatique de Mars One ? Certains la critiquent, comparant le projet à de la real TV de bas étage. Au delà de l’intérêt économique évident, n’est-ce pas un bon moyen d’intéresser et de fédérer petits et grands autour d’un projet de science et technologie ?

C’est exactement les arguments que je mets en avant pour défendre cet aspect du projet. D’ailleurs Mars One ne prend pas du tout exemple sur “Big Brother” ou “Les Ch’tis à Ouarzazate” (je suis nulle en télé-réalité). Leur base, ce sont les JO et les premiers pas sur la Lune. On est loin de Loana et consorts… Le but est de filmer quelque chose qui existera en dehors du prisme audiovisuel. Pas de créer sur mesure un programme n’obéissant qu’aux règles de la télévision. Ça se rapprochera plus de “Rendez-vous en terre inconnue” (que je n’ai jamais vu) que de “Nabilla chez les nudistes” (qui ne doit pas exister). Bref. Tu m’as comprise. Je le développe de toute façon dans ce billet : Mars One – Téléréalité ou réalité à la télé ?

Et puis là, il s’agira de suivre l’entraînement et la formation de dizaines d’astronautes, dans absolument toutes les disciplines : médecine, botanique, pilotage, ingénierie, plomberie, électronique, etc… Si les enfants du monde entier, en regardant ce programme, peuvent rêver de devenir géologue ou astronautes (au lieu de “star” ou “célébrité”), alors banco ! Je fonce !! Surtout qu’il y aura autant d’hommes que de femmes et que les petites filles auront enfin d’autres modèles à se mettre sous la dent que Rihanna ou Miley Cyrus…

Nos parents et grands-parents ont vécu en direct les premiers pas d’Armstrong sur la Lune. Quelle pourrait être selon toi la réalisation technologique et scientifique qui marquera le plus les 2 générations qui ont suivi, c’est-à-dire nous, nés dans les années 70-80, et nos enfants nés dans les années 2000-2010 ?

Les premiers êtres humains sur Mars (avec ou sans Mars One). Les premières bases lunaires, la première exploitation des astéroïdes… Il y a vraiment de quoi (faire) rêver dans les dizaines d’années qui viennent 🙂

Et sans doute la réponse à cette question vertigineuse : sommes-nous seuls dans l’Univers ? On l’aura de notre vivant, peu de scientifiques en doutent. Même s’il ne s’agit que de végétaux, de champignons ou de bactéries…

Avec un bac L, un DEUG d’anglais, et malgré un 6 en philo au bac (je compatis, j’ai eu la même note, heureusement avec un plus faible coeff car bac S), tu as un cursus plutôt littéraire. Et tu es pourtant en lice pour être en première ligne de ce qui constituera peut-être le plus gros événement scientifique des prochaines décennies. En France, on a plutôt tendance à pousser les enfants vers les filières scientifiques, la fameuse “voie royale”… Un petit message à passer aux parents inquiets de voir leurs enfants plus intéressés par les lettres que par les sciences ?

Je ne pense pas que la filière S soit la voie royale. Au contraire : c’est la voie par défaut parce qu’elle ouvre toutes les portes. Même celles d’hypokhâgne et des facs de lettres ! (Alors que l’inverse est faux : je rêve d’être diplômée en (astro)physique un jour, mais avec mon bac L, je pourrai même pas m’inscrire…)

Tous les jeunes qui font S n’ont pas forcément d’affinités avec les domaines scientifiques et mathématique – et c’est bien dommage. D’ailleurs, le docu “Pourquoi j’ai détesté les maths” l’explique très bien (et il est génial, je vous le conseille).

Florence à zéro G

Florence à zéro G

Et puis mon exemple et des tas d’autres prouvent qu’on peut très bien s’en sortir dans la vie avec un bac et des études littéraires. Et il faut des jeunes dans ces filières !! Il en faut absolument, surtout dans notre société !

L’avancée des techniques et des technologies ont besoin de gens pour réfléchir aux questions éthiques et philosophiques que tout ça implique. On a besoin de gens calés en histoire pour mettre en perspective les évènements présents du monde.

On a besoin de gens pour analyser, réfléchir, faire réfléchir, mettre en perspective et écrire pour partager les connaissances.

On a besoin de gens attachés aux savoirs, aux connaissances, aux bibliothèques, aux musées, à la transmission et à la pédagogie…

Aujourd’hui plus que jamais, je pense…

Et sinon, tu aimes bien les Mars ? (super blague)

Eh ben je dois t’avouer une chose… Je déteste les Mars, c’est beaucoup trop sucré !! :p

 

Un grand merci à Florence pour le temps qu’elle m’a accordé pour cette interview. On lui souhaite bonne chance pour la suite de l’aventure Mars One !

1 réponse

  1. Tahiri dit :

    super interview, bonne initiative, et super réponses de Florence Porcel.

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