Quel âge pour Imitation Game ?

imitation game

L’été dernier, je me demandais ici pourquoi il n’y avait pas davantage de gros films hollywoodiens consacrés aux stars de l’histoire de la science. Alan Turing faisait partie des personnages qui me semblaient être de bons candidats pour un biopic. Comme Hollywood lit ce blog avec la plus grande attention, Hollywood s’est bougé, et six mois plus tard, boum, voilà Imitation Game, un film sur Alan Turing, incarné par Benedict Cumberbach.

Le film est sorti en France le 28 janvier. Je me suis demandé si E. (9 ans) pourrait tenir devant un biopic historique de deux heures, potentiellement compliqué et à faible teneur en action (vu le sujet), mais on a quand même tenté l’expérience, qui s’est avérée concluante. Preuve que ça lui a plu, en sortant, il m’a demandé : “Est-ce qu’il y aura d’autres films historiques comme ça ? Par exemple ils pourraient en faire un sur Guthenberg”.

Je vous donne tout de suite mon verdict concernant l’âge minimum, et ensuite j’explique : je pense qu’Imitation Game convient à des enfants à partir de 9-10 ans (bien sûr, comme d’habitude, à interpréter en ayant à l’esprit la façon dont on fonctionne sur ce blog concernant les recommandations d’âge). C’est un film à la fois intéressant, instructif et divertissant, qui réussit à rendre palpitant un problème scientifique, et à montrer que les héros de guerre ne sont pas que des types avec des grosses mitraillettes.

Une histoire méconnue et passionnante

Alan Turing, jeune génie des maths, embauché par l’armée britannique pour casser un code nazi réputé inviolable – Enigma, le tout sur fond de vie privée compliquée… Il n’y a pas toujours besoin d’inventer les histoires pour qu’elles soient intéressantes. Le film est centré sur les années passées par Turing dans une fausse usine de radios, en réalité centre de crytographie de l’armée britannique, à partir de 1939, et nous montre comment il a créé le premier ordinateur de l’histoire, dans le but de déchiffrer des messages nazis suffisamment rapidement pour que les informations puissent servir aux armées alliées.

Comme tout film hollywoodien, Imitation Game prend des libertés par rapport à la vérité historique, mais c’est pour rendre le récit plus captivant (ajout d’éléments dramatiques ou comiques) ou plus racontable (suppression de personnages). Le résultat est une histoire qui nous harponne très rapidement et dont on ne décroche qu’à la fin du film.

En plus de l’époque principale, on voit également des scènes se dérouler quelques années plus tard (sur la fin de vie de Turing), et quelques années plus tôt (lorsque Turing est au collège). Ceci permet de renforcer l’impact de certaines scènes de l’histoire principale, et de conduire à la triste fin du scientifique.

Un sujet complexe expliqué simplement

Devant la machine EnigmaJe trouve que le réalisateur a atteint le juste équilibre dans les détails techniques. Il aurait facilement pu nous noyer dans des développements mathématiques et des débats entre crytographes, ce qui aurait été très pénible pour des spectateurs adultes (sauf addicts aux maths), et rédhibitoire pour des spectateurs enfants. Heureusement, les explications nécessaires à la compréhension de l’enjeu technique (pourquoi Enigma est difficile à casser) et aux solutions développées par Alan Turing et les autres crytographes sont amenées de façon naturelle dans l’histoire, sans que ça ne ressemble à des apartés à destination des spectateurs qui – sans ces explications – n’y comprendraient rien. On nous fournit juste ce dont on a besoin pour comprendre l’histoire racontée dans le film, et c’est très bien. Ceux qui veulent savoir comment marchait la machine de Turing peuvent se renseigner sur le sujet ailleurs – c’est un thriller, pas un documentaire.

Un film de guerre original

Autre atout de ce film : dans un paysage saturé par les films de guerre centrés sur les champs de bataille, on a ici une vue sur ce qui se passe dans les coulisses. Quelques plans montrent les bombardements, les chars qui avancent, mais toute l’histoire se déroule dans un paisible village anglais, où s’affaire une escouade de cryptographes afin de faire en sorte que la guerre se termine le plus vite possible. On découvre un autre aspect des conflits entre civilisations, et l’illustration que ça ne se résout pas qu’au lance-roquette.

Un film qui montre l’évolution de la société

The Imitation Game permet également de prendre conscience de deux évolutions sociales importantes. L’une à travers le personnage de Joan Clarke (Keyra Knightley), seule femme de l’équipe, au départ orientée vers le bureau de recrutement des secrétaires ; il y a soixante ans en Angleterre (et ailleurs, pas sûr que la situation était beaucoup plus reluisante en France), les sciences étaient une affaire d’hommes. L’autre à travers Alan Turing, poursuivi et condamné par la justice britannique pour son homosexualité, illégale à l’époque ; ce drame le conduit à devoir suivre un traitement de castration chimique et à finir sa vie de façon assez misérable (pour n’être réhabilité par la Reine d’Angleterre qu’en 2013 !). Précision sur ce thème et la kid-compatibilité : tout est très bien présenté, et si vos enfants ont été exposés aux actus télé ces 2-3 dernières années, ils ont de toute façon entendu parler des problèmes d’intolérance vis-à-vis des homosexuels, la manif pour tous, tout ça. Le thème est difficile, mais normalement pas inconnu.

Mais alors, pourquoi pas avant 9-10 ans ?

Je ne présente ici que des arguments positifs en faveur de ce film, on pourrait même finir par se demander pourquoi ne pas amener toute la famille, puisque c’est si bien, si équilibré, si divertissant, si instructif…

Il y a bien quelques difficultés pour des enfants plus jeunes. Le fait que l’histoire se situe à 3 époques différentes, avec 2 niveaux de flashback, est un premier piège qui peut grandement perturber la compréhension de ce qui se passe. Ensuite, même si techniquement on reste sur des choses simples, il faut quand même comprendre cette histoire de messages radio codés envoyés par les nazis à leurs troupes, et pourquoi les alliés ont du mal à les décrypter, sinon on perd l’enjeu du film ; or tout ceci est un peu plus abstrait que deux mecs qui se battent avec des épées ou qui se balancent des grenades. Le fond historique est également important, il vaut mieux avoir déjà un peu entendu parler de la deuxième guerre mondiale et des camps qui s’opposent. Enfin, même s’il y a de nombreuses touches d’humour, l’histoire reste assez dramatique.

Imitation Game - AffichePar contre, le film est assez inoffensif : pas de gros mots, pratiquement pas de violence (un coup de poing, je crois que c’est tout), pas de sexe, pas de drogue, pas de rock’n’roll… Je ne vois pas de réel problème à le montrer à des enfants un peu plus jeunes, mais ils risquent de s’ennuyer.

Enfin un film hollywoodien sur un héros de la science

On ne peut que se réjouir que l’industrie cinématographique s’intéresse davantage aux stars de la science, afin de raconter leur histoire à tout le monde, et notamment aux enfants. On a ici une formule hollywoodienne parfaitement rodée et un film taillé pour les Oscars. Une histoire épique sur fond historique, des acteurs excellents, un scénario ni simpliste ni sur-compliqué, un très bon dosage entre humour et drame, un découpage parfaitement rythmé…

Amenez vos enfants voir Imitation Game, faites leur découvrir Alan Turing, apprenez leur un bout d’histoire de façon divertissante, et au passage votez ainsi – par vos entrées payantes – pour qu’il existe plus de films de ce type !

1 réponse

  1. mamieyannick dit :

    Dans la même veine scientifico-historique, ou la WWII n’a pas été gagné que par des mitraillettes, il y a l’excellente série Manhattan. Comme le titre le suggère, c’est centré sur la réalisation de la première bombe atomique, dans le désert du Nouveau Mexique. Après, c’est pas forcément très intéressant pour les enfants.
    http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=17184.html

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