Des aires de jeux trop sécurisées ?

Article très intéressant dans M, le Magazine du Monde, sur les aires de jeux pour enfants et leur sur-sécurisation.
Courir, grimper, se confronter au risque, le maîtriser… Loin des aires aseptisées au sol en caoutchouc, des terrains d’aventure pour les enfants voient le jour, qui font la part belle à l’imagination et au sens du défi.
Article complet à lire ici : Jeux à l’aire libre
Je pense qu’il y a des analogies intéressantes entre cette histoire d’aires de jeux, et la surprotection des enfants vis-à-vis de tout un tas de produits culturels, notamment les films sur lesquels certains parents sur-réagissent (à mon avis).

Morceaux choisis…

Celui de Berkeley, par exemple, qui fête ses 36 ans, laisse les mômes construire des tours en bois avec des marteaux, des scies, des clous et de la peinture. A Wrexham, petite ville du Pays de Galles au sud de Liverpool, The Land, qui a ouvert il y a trois ans, ressemble à un petit bidonville : le long d’un ruisseau, le terrain est jonché de vieux matelas, d’un conteneur, de palettes, pneus et gros tuyaux de béton. Ici, les gamins jouent avec le feu – pour de vrai – et taillent dans des cartons avec une scie longue comme le bras.
Ellen Sandseter dans un article du New York Times de 2011 intitulé – signe des temps – « Est-ce qu’un playground peut être trop sécurisé ? ». La psychologue norvégienne répertoriait six jeux indispensables pour apprendre à anticiper le danger, à le maîtriser, et à ressentir l’immense bonheur d’y parvenir : grimper, aller vite, se servir d’outils dangereux, être près d’éléments dangereux (l’eau, le feu), se battre, et se promener seul, hors de la vue d’un adulte.
« L’aire de jeux idéale doit proposer de vrais challenges aux enfants : elle doit avoir l’air dangereuse tout en étant sûre, résume Ole Barslund Nielsen, le fondateur de Monstrum, une entreprise danoise qui fabrique des structures en bois spectaculaires et poétiques. Elle doit aussi être belle et raconter une histoire. »
« Il faut faire confiance aux enfants : la plupart savent évaluer le risque et vont y aller progressivement, rappelle Penny Wilson, qui dirige des séminaires pour apprendre aux parents à laisser leur progéniture jouer tranquille. On essaie de leur enseigner les choses, mais les enfants ont besoin d’apprendre par eux-mêmes. » Et de prendre l’exemple du sol en caoutchouc si rassurant : « Ça n’a aucun sens : les enfants doivent apprendre à ne pas tomber ! » Selon une étude menée par David Ball, professeur en gestion du risque de l’Université de Middlesex de Londres, le revêtement n’a pas fait diminuer de façon significative le nombre de blessures à la tête, mais les fractures du bras ont augmenté, sans doute car les enfants, qui ont moins peur de tomber, font moins attention…
Une étude anglaise montre qu’en 1971, 80 % des enfants de CE2 se rendaient à l’école tout seuls. En 1990, ils ne sont plus que 9 %, et encore moins aujourd’hui. Pourtant, hormis les enlèvements par des proches, liés aux divorces ratés, les kidnappings d’enfants n’ont pas augmenté.
Dans le square, on a tous vu – ou été – un parent hélicoptère. C’est cette maman qui dit : « Tu peux aller jouer mais tu restes par là, que je te voie »  ; ce papa sur le toboggan, sa fille calée entre les jambes ; et nous enfin qui, à la vue d’un enfant dans un arbre, pensons immédiatement « il va tomber ». Il va falloir que les parents se détendent. Sinon, les rares terrains d’aventure qui existent encore ressembleront à des réserves naturelles pour une culture en voie d’extinction, celle de l’enfance laissée en liberté.

1 réponse

  1. Simon dit :

    Intéressant.
    Pour info, le parc en illustration de l’article est le Parc du Sergent Blandan à Lyon : http://www.grandlyon.com/a-vivre/parc-blandan.html
    Il est tout neuf et il permet aux parents de s’assoir sur des bancs, en face des jeux pour surveiller. Des barrière limitent aussi le rayon d’action des enfants pour qu’ils restent sous la responsabilité des parents.
    Et le reste de ce grand parc est vide d’enfant…

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