La VOD nous permettra t-elle un jour de créer des émissions de dessins animés pour nos enfants ?

Dragon Ball

Comme chacun le sait, les meilleurs dessins animés, c’est ceux qu’on regardait quand on était petits, dans les années 70/80. Il y a bien quelques exceptions : de très mauvais dessins animés qu’on trouvait pourtant bien à l’époque, comme Les Mondes Engloutis – une horreur quand on essaie de revoir un épisode aujourd’hui. Et d’excellents dessins animés aujourd’hui, comme Adventure Time, qui surpassent peut-être les meilleures séries d’il y a 30 ans. Mais globalement, la production actuelle qui passe sur les chaînes enfants ne fait pas le poids. Et je ne parle pas des rythmes de diffusion parfois incompréhensibles.

Netflix (dont je parlais ici lors de son lancement en France l’année dernière) a fait réaliser une étude par Ipsos auprès de papas du monde entier. Résultat : 85% des papas souhaitent partager avec leurs enfants les dessins animés qu’ils regardaient eux-mêmes à leur âge. Il paraît que ça s’appelle la néostalgie (pratiquement le même phénomène qui fait que les hipsters écoutent des vinyles ou fument la pipe).

Inspecteur GadgetAutre résultat de cette étude : les différences selon les pays. Les papas américains aiment dépoussiérer l’Inspecteur Gadget. Au Brésil, c’est plutôt Tom & Jerry. En Angleterre, Dare Dare Motus. En France, ce serait Astérix le plus populaire. Ces préférences me donnent d’ailleurs l’impression que les papas interrogés doivent avoir en moyenne une dizaine d’années de plus que moi. Il est en effet assez étonnant que les dessins animés japonais, qui ont déferlé notamment en France dans les années 80, ne soient pas cités. Dragon Ball, Albator, Goldorak, les Chevaliers du Zodiaque, les Mystérieuses Cités d’Or : c’est plutôt ça, que j’ai envie de montrer à mes enfants.

Les rediffusions de ces vieilles séries sont malheureusement assez rares. Les chaînes pour enfants comme Gulli ou les émissions comme TFou! ou M6 Kids n’en passent pratiquement jamais, préférant remplir leurs grilles de séries dont la plupart seront oubliées un an plus tard. Ce que je ne comprends pas, c’est que le recyclage de vieilles séries doit forcément coûter moins cher que de diffuser sans arrêt de la nouveauté. Alors pourquoi ne pas injecter quelques anciens dessins animés dans les grilles de programmes, en visant bien pour ne pas ressortir les horreurs (Les Mondes Engloutis) mais bien les séries qui aujourd’hui encore ont du charme (Les Mystérieuses Cités d’Or ou Docteur Slump, par exemple) ?

Etant donné que de toute façon les chaînes pour enfants se foutent de ce que pensent les parents, comment faire ?

Il y a bien les DVD, qui permettent de faire connaître à une nouvelle génération des séries complètes, en maîtrisant le rythme et l’ordre de visionnage. Mais le premier inconvénient est le prix. Si on souhaite avoir des séries complètes, et avoir suffisamment de variété, la note peut monter assez vite. D’autant plus embêtant qu’on ne va pas forcément regarder 10 fois l’intégrale d’une série animée, aussi bonne soit elle.

Second inconvénient de la solution DVD : difficile de reproduire avec des DVD le format d’une émission de dessins animés pour enfants, modèle Club Dorothée (inégalé à ce jour), avec un épisode du dessin animé A, suivi d’un épisode du dessin animé B, puis du dessin animé C. Sauf à aimer jongler avec les DVD, la série animée sur DVD se prête plutôt à un visionnage en mode binge-watching (d’ailleurs adopté par certaines chaînes comme Gulli, qui passe souvent 3, 4 ou 5 épisodes de la même série les uns à la suite des autres).

Les chaînes payantes spécialisées comme Mangas proposent généralement des programmes plus intéressants que les chaînes gratuites, mais portent en elles les défauts qui sont dans l’ADN de la télé : le spectateur ne maîtrise pas les horaires, le rythme et l’ordre. Il est soumis à la chaîne. S’il rate un épisode d’une série à suivre, il est paumé.

La VOD pourrait être la solution. Pas la VOD où on paie le programme à l’unité, parce que sur des séries animées qui représentent des dizaines d’épisodes et d’heures de visionnage, la note peut devenir assez vite salée. Par contre, la VOD par abonnement forfaitaire où on a un accès illimité au catalogue, comme Netflix, ça peut marcher. Ou plutôt ça pourrait marcher. Car je trouve que ces services ont encore une marge de progrès en la matière.

Et si la VOD nous permettait vraiment de devenir le directeur des programmes de nos enfants ?

Je rêve d’un service de VOD qui permettrait de se faire sa propre chaîne de télé, une chaîne dont on maîtriserait entièrement le contenu et le rythme de lecture. Pour cela il faudrait :

  • que les catalogues de Netflix et consors soient plus fournis que ce qui existe aujourd’hui (très peu de séries animés des années 80 au catalogue de ces services à l’heure actuelle, malheureusement…),
  • que des fonctionnalités de playlist soient ajoutées (avec une aide pour programmer des playlists constituées d’épisodes consécutifs de série différente : par exemple si votre Playlist Semaine 1 contient l’épisode 1 de Dragon Ball et l’épisode 4 des Cités d’Or, vous pouvez en 2 clics obtenir une Playlist Semaine 2 constituée de l’épisode 2 de Dragon Ball et de l’épisode 5 des Cités d’Or),
  • que le lancement du service soit aussi simple que choisir une chaîne de télé. La VOD est en effet en compétition avec une technologie d’une simplicité extrême : un bouton pour allumer, un ou deux autres pour choisir la chaîne, et c’est tout. Ce n’est pas pour rien que les personnes âgées savent toutes regarder la télé, alors qu’une bonne partie n’a pas encore compris comment regarder un DVD. Or, pour le moment, lancer un service de VOD nécessite d’allumer la télé, de passer sur une entrée spécifique, d’allumer une box d’opérateur internet ou une console, de trouver l’application de VOD parmi tout ce qui est proposé sur l’écran d’accueil de la box/console, de se connecter au service lorsqu’un mot de passe est requis, de naviguer dans le catalogue pour trouver l’épisode souhaité, et enfin de lancer la lecture.

Imaginez : le samedi matin, vos enfants se lèvent avant vous et ont pris l’habitude de regarder les dessins animés pendant environ une heure. Quel scénario préférez-vous ?

  • Option A : ils allument la télé, mettent la chaîne 18, et reçoivent des dessins animés que ni eux ni vous n’avez choisis. Winx Club, Les Bisounours nouvelle génération, quatre épisodes de Rekkit. Le tout intercalé d’une vingtaine de pages de pub.
  • Option B : ils allument la télé, lancent la playlist VOD du jour (que vous avez préalablement conçue vous même, prévue pour une durée d’une heure, avec les épisodes suivants par rapport à la playlist du samedi précédent), et profitent de dessins animés choisis par eux et vous. Sans pub.

Le service de VOD familial idéal, pour moi c’est ça. Un service où les parents peuvent facilement créer des playlists parmi une très large sélection, et qui permet aux enfants de lancer la bonne playlist, aussi facilement qu’ils allument la télé pour mettre Gulli. Je suis prêt à payer pour ça, et je ne pense pas être le seul – cf. les 85% de papas qui veulent transmettre les dessins animés de leur enfance à la génération suivante.

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13 réponses

  1. alexnidhogg dit :

    En parlant de Dragon Ball… ils vont faire une nouvelle série: Dragon Ball Super 🙂

  2. Richard dit :

    Youtube + chromecast est ce qui se rapproche le plus de ce que tu évoques, avec toujours le soucis pour tomber sur les bons contenus (en bonne qualité)…

    • Stéfan dit :

      Techniquement, peut-être (possibilités de faire des playlists et relative simplicité d’allumage de l’ensemble).
      Mais les contenus ne sont pas là. Aucun film ni série sur Youtube, sauf contenus illicites qui peuvent disparaître à tout moment, ou dont on n’a aucune garantie sur la qualité (qualité d’image, intégrité de l’oeuvre) tant qu’on n’a pas visionné entièrement le truc.

      Je pense que Netflix est plus proche que Youtube de pouvoir proposer un tel service, car Netflix a les contenus (ou du moins commence à en avoir un certain nombre). C’est plus difficile que de développer la fonctionnalité de playlist intelligente dont je parle.

      Note : Netflix fonctionne aussi avec Chromecast.

      • Richard dit :

        En effet 🙂
        Je suis un peu dans l’expectative avec Netflix…
        Un peu l’impression que la catalogue n’est pas encore au point, et surtout le délai de mise à dispo des nouveautés est complètement à côté de la plaque (législation française quand tu nous tiens…)

        Si un jour Netflix arrive au niveau de réactivité d’un catalogue comme Spotify (qualitativement et quantitativement parlant), alors je saute le pas tout de suite, et j’abandonne comme je l’ai fait avec la musique la voie de l’illégalité… 🙂

        • Stéfan dit :

          Le catalogue de Netflix est effectivement très loin d’être comparable à ce que les services de streaming de musique comme Spotify ou Deezer peuvent proposer.

          Au départ j’étais comme toi assez réservé.
          J’ai pris le 1er mois gratuit sans grande conviction, en me disant que j’allais juste rattraper mon retard sur Breaking Bad sans avoir à me taper des téléchargements de torrents, ou galérer avec les sous-titres sur Popcorn Time.
          Je pensais que rapidement, le catalogue de trucs non vus et m’intéressant serait épuisé et que les 8€ par mois ne seraient plus justifiés.
          Mais aujourd’hui après pas loin d’un an d’abonnement je trouve que ça vaut le coup. Les nouvelles séries arrivent à un rythme suffisant (Better Call Saul, Marco Polo, Daredevil, Orange is the new black…) et il y a régulièrement des ajouts de films – même si effectivement on aimerait en avoir plus, et de plus récents. Les blockbusters récents sont très rares ; Avengers a été ajouté il y 1 mois ou 2, c’est un peu une exception dans le paysage.

          Pour moi Netflix est une solution complémentaire à l’achat de blu-ray (pour les trucs récents et qu’on a vraiment envie de posséder) et à Porcorn Time ou le téléchargement P2P, pour les séries introuvables sur Netflix, comme Game of Thrones.

          Par contre les utilisateurs de Netflix chez nous sont surtout les adultes.
          Pour les enfants, même si l’offre se développe, je trouve que c’est encore un peu faible par rapport à ce qui est proposé pour les adultes.

          • Stéfan dit :

            Illustration de la supériorité et de l’infériorité de l’illégal vs le légal : j’écris ce commentaire pendant que j’attends que Popcorn Time finisse de télécharger les dernières minutes de l’épisode 1 de la saison 2 de Halt and Catch Fire, que j’étais tranquillement en train de regarder lorsque j’ai rattrapé le flux.
            Je n’ai jamais eu ce problème avec une série sur Netflix. Mais je ne peux pas regarder Halt and Catch Fire sur Netflix, car la série n’est pas au catalogue.
            Chaque système a ses points forts et points faibles…

          • Vantielcke dit :

            Merci pour ton point d’étape sur Netflix.
            ça correspond à l’idée que je m’en fait aujourd’hui…. bien mais pas suffisant pour quitter mon VPN…
            Dans 6 mois peut-être ou quand les kids seront un peu plus grands (- de 3 ans pour le moment…)

          • Yumashi dit :

            Il faut savoir qu’avec la chronologie des médias du CNC, des films (et uniquement les films) à partir de leur diffusion en salle ne peuvent être sur un service de SVOD (Netflix…) qu’au bout de 3 ans. Pour le vieux déssins animés Jap,c’est très dur pour Netflix d’en avoir car la Toei (DB, Albator…) préférent la diffusion TV et ont déjà vendu la plupart de leur grosses séries à Canal Play et à des sites plus spécialisés (ADN, Crunchyroll). Et Toei n’aime pas trop l’export etpréféreront vendre à un groupe de TV comme TF1 qu’a Netflix.

  3. darthlixiou dit :

    Les maîtres de l’univers, Mask…

  4. lamyfritz dit :

    En attendant, la solution coffret DVD est bien et surtout abordable : avec mes trois monstres nous avons ainsi partagé ces dernières années en famille des séries telles que Sherlock Holmes, les cités d’Or, Ulysse 31, Cobra, Albator 84, Heidi (+ Cowboy Bebop et Samurai Champloo avec le plus grand). Mais notez que ce sont des séries courtes. L’option chaine VOD est une bonne idée pour des séries de plus longue haleine, auxquelles nos enfants ne sont plus vraiment confrontées. Mes garçons n’ont jamais vraiment accroché à Dragon Ball (même la remake Dragon Ball Z Kaï soi-disant écourté) ou Saint Seiya à cause de ça.

    • Stéfan dit :

      Le principal reproche que je fais à la solution DVD est que ce n’est pas du tout pratique pour reproduire le format type « Club Dorothée », où on ne regarde pas 5 épisodes du même DA à suivre, mais 1 de chaque DA, et à l’émission suivante, l’épisode suivant de chaque DA, et ainsi de suite.
      Reproduire ça avec des DVD, ça veut dire jongler sans arrêt avec les disques, repasser par les messages sur le piratage et les bandes-annonces et les temps de chargement des menus, etc. Ca devient vite lourd, et on finit par se dire qu’on va rester sur le même DVD, donc passer en mode binge-watching.

      Ou alors il faut ripper tous ses DVD, et avec un disque dur multimédia se préparer des programmes à partir des fichiers organisés manuellement en playlists (ou via une box TV d’opérateur, mais je ne suis pas sûr qu’elles gèrent les playlists). Là aussi un peu lourd de tout ripper et gérer tout ça, et un peu frustrant puisque la solution de la VOD parait tellement évidente et plus pratique !

      Argh ça m’énerve que ça n’existe pas !

  5. vinushka64 dit :

    C’est mon rêve aussi ! Pour le moment, on est plutôt entre les deux (il ne supporte pas l’option A) avec des dvd ou des fichiers téléchargés…

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