Le jeu vidéo, star de films et de documentaires

Pixels - Le film

A l’approche de la sortie cinéma de Pixels, film dans lequel la Terre est attaquée par des sprites de jeux vidéo des années 70 et 80 (le 22 juillet sur les écrans français), ne sentez-vous pas qu’il est temps de faire le point sur un phénomène étrange ? Je veux bien sûr parler de l’accroissement de la production de films et de documentaires sur les jeux vidéo. Attention, pas les adaptations cinéma de jeux vidéo, comme le magnifique Super Mario Bros. de 1993 avec Bob Hoskins ou le non moins génial Street Fighter avec Jean-Claude Vandamne. Je parle des films – fictions ou documentaires – qui ont le jeu vidéo comme sujet.

Tous ces films ne sont pas nécessairement adaptés à tous les âges, notamment parce qu’ils ne sont pas encore très bien distribués en France (les distributeurs français estiment que ça ne vaut pas le coup de proposer un doublage en français, et se contentent donc d’un sous-titrage, voire de rien du tout). Ce sont pourtant de très bons moyens de contribuer à la diffusion et à la conservation de la culture vidéoludique entre les générations. Ces films mettent en avant certains jeux mythiques, certaines consoles qui ont tout changé, certains créateurs sans lesquels on n’en serait pas où on en est aujourd’hui, avec des consoles surpuissantes dans nos salons et tellement de bons jeux dans les catalogues qu’on ne sait même plus lesquels acheter.

Voici un petit panorama de ces films.

Video Games : The Movie

Sorti en 2014 | Disponible en VF | Disponible sur Netflix, en achat dématérialisé…

J’en ai déjà parlé (ici), je reproduis donc mon avis déjà exprimé.

Vu sur Netflix (mais également disponible ailleurs, notamment ici en achat dématérialisé pour 12$99), Video Games : The Movie est un documentaire qui retrace l’histoire du jeu vidéo, de ses origines dans les années 60-70 jusqu’aux toutes dernières consoles, au cloud gaming, au e-sport, et autres joyeusetés des temps modernes. Sans être d’une profondeur exceptionnelle – le propos reste globalement ultra-positif, un peu comme une énorme pub, c’est à ma connaissance le seul document (tous supports confondus) facilement accessible à tous les publics, y compris les enfants, sur l’histoire de ce qui est devenu en 40 ans le plus gros loisir culturel du monde, dépassant le cinéma et la musique. Alors rien que pour ça, ça vaut le coup. Revoir et faire découvrir à quel point les jeux vidéo ont évolué. Comment ils ont failli disparaître, avant que Nintendo ne déferle sur le monde après le règne d’Atari. Comment ils sont conçus, comment des gens en ont fait leur métier. Les (r)évolutions successives, l’arrivée de la 3D, le futur avec la réalité virtuelle…

Age minimum conseillé (par moi) : à partir de 7-8 ans. Plus jeune, on risque de s’ennuyer.

Atari: Game Over

Sorti en 2014 | VOST uniquement | Disponible sur Xbox Live, Netflix…

atari game overCe documentaire raconte la chute d’Atari en 1983, illustrée par le fameux jeu vidéo E.T., réputé comme le pire jeu de l’histoire. Les protagonistes de l’époque – dont le boss d’Atari et le développeur du jeu en question – sont interviewés, et le documentaire fait des allers-retours dans le temps, entre les souvenirs des années 80, et l’époque actuelle, où se déroule un chantier d’excavation des cartouches du jeu, enterrées dans le désert du Nouveau-Mexique – selon la légende. De sympathiques références à Indiana Jones et Retour vers le Futur, et une histoire très intéressante, qui part de l’anecdote pour raconter l’Histoire (le fameux jeu E.T., qui n’est en fait que l’illustration d’un phénomène plus large de déchéance du jeu vidéo en 1983). Dommage que l’ensemble ne soit disponible qu’en VOST, ce qui réduit la kid-compatibilité.

Age minimum conseillé (par moi) : à partir de 10-11 ans, sauf enfant qui adore lire les sous-titres.

Game Changer

Harry Potter avec une barbe = boss de Rockstar Games

Prévu pour 2016 | Diffusion inconnue

Produit par la BBC, Game Changer est un film (ou plutôt téléfilm, je suppose, quoique le casting permet d’imaginer de le voir en salles) dont la sortie est prévue pour 2016. L’histoire est centrée sur l’affrontement entre le studio Rockstar Games (Grand Theft Auto) et le sénateur américain Jack Thompson, qui se fit connaître en s’attaquant aux jeux vidéo et en les reliant aux problèmes de violence de certains jeunes Américains (tels que la fusillade de Columbine). Le choix de GTA comme objet du délit est excellent, car c’est à la fois un jeu qui cristallise la haine des détracteurs des jeux vidéo, et un de ces rares jeux dont on peut dire qu’ils portent des messages aussi forts que le cinéma.

Jack Thompson, le sénateur qui déteste GTA

Au casting, Daniel Radcliffe qui interprète le co-fondateur de Rockstar, Sam Houser, et Bill Paxton dans le rôle du sénateur allergique aux pixels. A la réalisation, Owen Harris, qui était aux manettes sur certains épisodes de la très bonne série Misfits. Seul grain de sable dans ce projet qui sent bon l’esprit rock’n’roll du jeu vidéo : Rockstar a engagé des poursuites contre la BBC en mai dernier, craignant que ses propriétés intellectuelles ne soient pas respectées par le film.

Si Game Changer finit par sortir, je pense que ce sera un film très intéressant, certainement très excitant. La kid-compatibilité dépendra des choix de réalisation, l’histoire et les jeux vidéo abordés pouvant se prêter à des séquences un peu violentes.

Pixels

Sorti le 22 juillet 2015 | VF | Cinéma, puis DVD/Blu-Ray, VOD, etc.

Pixels

Au départ, il y avait un court-métrage, créé par 4 français, dans lequels des sprites de vieux jeux vidéo envahissaient New-York. Diffusé sur Dailymotion en avril 2010, il sera la vidéo la plus vue de l’année sur la plateforme. Fort de ce succès, les créateurs amènent leur histoire à Hollywood et parviennent à séduire un studio pour en faire un long-métrage. Quatre ans plus tard : Pixels sort sur les écrans, avec Chris Columbus à la réalisation, et Adam Sandler et Peter « Tyrion Lannister » Dinklage (entre autres) au casting.

A l’inverse des films précédemment cités, Pixels est une fiction. Mais contrairement aux films adaptés de jeux vidéo, qui placent leur histoire dans l’univers des jeux sur lesquels ils sont basés, Pixels utilise les éléments de la culture vidéoludique pour les intégrer dans le monde réel. Les sprites de Pacman ou des Space Invaders sont des monstres comparables au Bibendum Chamallow de SOS Fantômes. Au delà du divertissement qui est l’objectif principal ici, il y a un petit côté d’éducation aux jeux vidéo stars d’hier, qui encore une fois permet de ne pas oublier qu’avant Skylanders ou les jeux vidéo Lego, il y avait déjà des jeux, plus rudimentaires, qui captivaient des générations d’enfants.

Age minimum conseillé (par moi) : à confirmer après visionnage, mais a priori d’après la bande-annonce, à partir de 7-8 ans ça devrait marcher

Les Mondes de Ralph

Les Mondes de RalphSorti en 2012 | VF | DVD/Blu-Ray

Très joli hommage de Disney aux différentes époques du jeu vidéo, depuis les vieux jeux d’arcade – dont Ralph fait lui-même partie – aux FPS explosifs modernes en passant par les jeux de courses à la Mario Kart. Comme Pixels, Les Mondes de Ralph utilise la culture vidéoludique comme matière première d’une histoire qui ne se déroule pas dans un univers de jeu vidéo (même s’il y a une mise en abîme qui en donne l’illusion, l’histoire du film se déroule bien dans une salle d’arcade donc dans le monde réel, cf. les plans sur la salle ou la vue à travers l’écran, depuis l’intérieur des bornes).

Il y a un petit côté « histoire du jeu vidéo » dans ce film, par les différents styles de jeux représentés, du gros pixel à l’ancienne à la 3D ultra lisse actuelle, ainsi que par les différentes apparitions de stars du jeu vidéo – même si elles restent assez anecdotiques afin de laisser la place aux personnages originaux du film.

Les Mondes de Ralph montre également que le jeu vidéo a atteint un certain statut de respectabilité : Disney ne met pas n’importe quel sujet au centre de ses longs-métrages d’animation.

Age minimum conseillé (par moi) : 4 ans

World 1-1

World 1-1Sorti en 2015 | VOST avec sous-titres en anglais uniquement | Disponible sur Steam

Produit par Devolver Digital, l’éditeur de jeux vidéo le plus rock’n’roll du moment (Hotline Miami, Broforce…), World 1-1 est annoncé comme le premier épisode d’une série de documentaires. Ce qui frappe par rapport aux autres exemples de documentaires cités ici, c’est son attention au détail et une certaine austérité. Les images de jeux vidéo sont assez rares, le film se concentre sur les entretiens avec les acteurs de l’époque. L’époque en question, c’est celle des prémisses américains du jeu vidéo : les premiers jeux d’arcade, et surtout Atari, rise and fall. De Nolan Bushnell le créateur un peu fou, aux méchants commerciaux qui finiront par pervertir la vision technico-artistique pour en faire une machine à gagner de l’argent avec une vision de court terme.

World 1-1 approfondit ce que Atari: Game Over expose par le biais d’un exemple. Les explications sont plus poussées, et on apprend beaucoup de choses, comme la création d’Activision, aujourd’hui un des trois plus gros éditeurs mondiaux avec EA et Ubisoft, mais à l’origine une petite société créée par une bande de programmeurs qui en avait marre que Warner ne les respecte pas suffisamment après avoir acheté Atari. On retrouve dans ces histoires vraies des parallèles avec ce qui est dépeint de façon fictive dans la série Halt & Catch Fire – consacrée aux débuts de la micro-informatique personnelle.

L’histoire s’arrête juste après 1983 : pendant le générique de fin, un journaliste raconte que 16 pages étaient consacrées aux jeux vidéo dans le catalogue de Noël de Sears en 1983. Puis c’est le crash. Beaucoup d’observateurs pensent que le jeu vidéo est mort, que la mode est passée comme les modes sont passées pour de nombreux jouets. Noël 1985 : 0 page dans le même catalogue. Mais pour Noël 1986 : 1 page – avec une nouvelle console, la Nintendo Entertainment System. On imagine aisément que le deuxième épisode de la série nous amènera au Japon, par où arrivera le renouveau du jeu vidéo porté par Nintendo !

En bonus : on découvre Jack Black enfant dans une pub pour Pitfall sur Atari !

Âge minimum conseillé (par moi) : 12-13 ans (en raison de la relative austérité et de la longueur du film)

D’autres exemples…

Console Wars

Annoncé par le génial Seth Rogen l’année dernière, ce film racontera la guerre entre Nintendo et Sega dans les années 90. Basé sur un livre documentaire (Console Wars: Sega, Nintendo and the Battle that Defined a Generation, de Blake J. Harris), on imagine que Console Wars sera malgré tout une comédie romancée, compte-tendu de l’équipe qui est aux manettes (Seth Rogen donc, mais aussi son acolyte Evan Goldberg avec qui il a déjà écrit Supergrave, L’interview qui tue ou encore Délire Express). Si les dialogues et les gags sont du niveau de ces précédentes œuvres, ne pas s’attendre à quelque chose de particulièrement familial…

Halt & Catch Fire

Bien que centrée sur l’informatique plus que sur le jeu vidéo, la série produite par AMC et lancée en 2014 contient quelques éléments sur le jeu vidéo. Dans la saison 1 par exemple, les ingénieurs informatiques les plus doués de la société sur laquelle est centrée l’histoire sont des geeks passionnés de jeux d’aventure en mode texte. La série n’est pas spécialement adaptée aux enfants, même si ce n’est pas Game of Thrones ou Daredevil.

Edge of Tomorrow

Le film qui reproduit le mieux la philosophie die and retry qui structure de nombreux jeux vidéo. Même s’il ne se présente pas officiellement comme un film sur les jeux vidéo, Edge of Tomorrow est clairement inspiré de ce média dans lequel un personnage peut revivre plusieurs fois les mêmes suites d’évènements, qu’il influence par ses actions jusqu’à parvenir au boss de fin sans mourir. Ce film passe très bien autour de 10 ans, sous conditions.

Indie Game: The Movie

Disponible sur Netflix, achetable en ligne, Indie Game: The Movie se concentre sur les créateurs de jeux vidéo indépendants, à travers les exemples de Fez, Braid et Super Meat Boy. L’histoire est vraiment à échelle humaine, et on retrouve beaucoup d’éléments présents dans les premières années d’Atari, dépeintes dans World 1-1 : la passion des créateurs, la recherche d’une forme de création artistique basée sur la technologie, les problèmes financiers… Très intéressant à montrer à des enfants qui rêvent de travailler dans l’industrie vidéoludique, pour leur montrer la beauté de la chose, mais aussi la difficulté.

3 réponses

  1. Stéfan dit :

    Et quelques autres que je ne connais pas vraiment :
    – Pixel Poetry : http://www.pixelpoetrymovie.com/ (sur l’influence artistique du jeu vidéo)
    – Stream Dream : http://www.gog.com/news/movie_release_stream_dream (sur les Youtubeurs)
    – Angry Video Game Nerd The Movie : http://www.devolverdigital.com/films/view/angry-video-game-nerd-the-movie

  2. Et Tron alors ? Je ne sais pas quelle est la kid-compatibilité de ce film, mais ça me semble en plein dans l’univers du jeu vidéo 😮

  3. Caz dit :

    j’ajouterais the King of Kong sur les improbables champions du monde de Donkey Kong.
    (Voir la vidéo de Karrim Debache a ce sujet)

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